La gestion du temps, source de bien-être au travail

23 juil

Le temps, un mot on ne peut plus familier, qui renvoie la réflexion à des expériences si variées, et même si contradictoires, qu’il paraît intéressant d’y mettre un peu d’ordre.

Vivre le temps… tout le temps !

C’est qu’en effet notre vie se déploie dans l’espace et dans le temps, précisément dans l’espace-temps, formule qui laisse percevoir comme une unité de cette double dimension de l’existence. Nous sommes en effet accoutumés à saisir ensemble espace et temps, dans la mesure où nous pensons collectivement le temps comme divisé en périodes, en moments, ce qu’indiquent assez l’horloge (quand elle n’est pas digitale !), ou encore le calendrier, qui donnent aux rythmes du temps la forme des proportions géométriques. Ce qui signifie que nous tendons le plus souvent à nous représenter le temps selon un découpage spatial, d’où vient précisément le mot latin tempus (division du temps, mesure, période…).

Pourtant, cette apparente unité de l’espace-temps, si commode, ne dit pas l’essentiel du temps, et même masque mal la réalité de l’expérience humaine, qui nous emmène loin de cette unité abstraite et idéale. Souvent, en effet, nous faisons l’épreuve de la dissociation, ou plus encore, de la distorsion de l’espace et du temps, de l’espace concret et du temps concret. Ainsi, le passage d’un lieu à l’autre (à la lettre le trans-port ou le trans-fert, qui signifient tous deux porter d’un lieu à l’autre), de l’espace personnel à l’espace du travail, peut-il engendrer un décalage, un déphasage dans notre relation au temps. Je me tiens dans un lieu et je demeure dans un autre temps. D’où, au travail par exemple, mes problèmes d’attention, ma difficulté à « être à mon affaire », et l’impatience, ou l’ennui, qui signifient toujours « être ailleurs ».

C’est qu’en effet l’esprit n’est pas d’une pièce, et que l’attention au présent participe de la mémoire et de l’imagination. A chaque instant la mémoire sert à la reconnaissance et à l’adaptation au présent ; à chaque instant, l’application à ce que nous faisons est tributaire du projet, qui est anticipation ou fonction imaginante. Il importe de toujours revenir à cette insistance de Saint Augustin : des formes du temps, passé, présent et avenir, seul le présent existe, puisque la passé, c’est ce qui n’existe plus, et que l’avenir, bien sûr, c’est ce qui n’est pas encore. D’où bien des confusions, puisque c’est dans le présent que nous nous souvenons du passé, et dans le présent que nous imaginons le futur.

Le présent est décidément bien encombré !

D’où le terme de conscience, du latin cum (avec, ensemble) et scientia (savoir) pour désigner la manière dont se constitue, à chaque instant, et pour chacun d’entre nous selon sa personnalité propre, l’unité de notre expérience dans un réajustement perpétuel des éléments de mémoire et d’imagination (d’anticipation) nécessaires à notre action.

Et c’est précisément ce terme de conscience qui doit nous éloigner de la belle unité d’apparence, un peu factice et un peu facile, de l’espace et du temps. Aussi devons-nous rabattre la réalité du temps vécu, du temps de la conscience, sur ce que Bergson a profondément analysé comme le sentiment de la durée, qui, loin des solides proportions de la géométrie, nous installe dans la dimension affective (et effective !) du temps. Loin des confortables et rassurants repères du temps géométrique, qui est le temps socialisé (objectif), le temps officiel, la conscience intime éprouve le temps de manière subjective : il est des heures qui n’en finissent pas, parce que tout mon être est à autre chose (ailleurs !), il y a des heures qui passent trop vite, qui sont trop vite passées (déjà !), parce que vécues par tout mon être avec une intensité qui dilue les jours en heures, les heures en minutes, les minutes en secondes, et les secondes… déjà !

Seul, donc, le présent existe, mais un présent épais, complexe, riche du passé et plein de l’avenir. Bergson parle de son élasticité. D’où la difficulté, en certaines circonstances, de l’attention, de la concentration nécessaire à l’accomplissement des tâches. Il y a des moments pour se souvenir, des moments pour rêver ; mais il y a des souvenirs utiles à tel moment, et des souvenirs « perturbateurs », comme il y a une imagination utile à la tâche présente, et puis celle qui égare… Voilà pourquoi nous ne sommes jamais tout à fait à la tâche, même si nous devons nous y efforcer. Il y a les nostalgies, terme qui vient du grec nostos (le retour) et algos (souffrance – comme dans antalgique, c’est-à-dire anti-douleur), ou encore les impatiences (littéralement, avec le privatif –im, incapacité de supporter, de subir l’attente).

Cette complexité de la durée vécue, constitutive de la conscience, est la source de combien d’égarements, de combien de propos intempestifs ou d’actions inappropriées, de combien d’occasions manquées ! Mais aussi de combien d’évasions salutaires, de libérations apaisantes, de beaux moments revisités, sources de résolutions nouvelles.

Il en résulte que toute recherche d’équilibre, c’est-à-dire de qualité de vie, doit prendre en compte la double dimension du temps : d’un côté le temps collectif, temps socialisé qui oblige à suivre des rythmes communs ; de l’autre, le temps subjectif, celui de la conscience, plein des nostalgies et des espoirs qui nourrissent nos vies. Il n’est pas absurde d’investir ses nostalgies et ses rêves dans le temps du travail, mais il est souvent nécessaire d’y renoncer lorsque les tâches présentes exigent un sérieux et une précision … d’horloge ! Par quoi il apparaît que la condition du travail bien fait exige une libre disposition de soi, c’est-à-dire une maîtrise du temps. Or nous savons tous que le temps imparti à la vie personnelle, le temps extérieur au travail, n’est pas aussi libre qu’on voudrait le penser : le mode de vie contemporain, et « la société de loisirs » en particulier, tendent à nous imposer, à travers les impératifs de consommation, des rythmes fous qui, même quand ils ne pèsent parfois plus lourd que les contraintes du travail, n’en facilite guère la réalisation …

Notre langue quotidienne témoigne des aléas de la conscience vécue du temps, temps du travail ou temps du « loisir ». Soulignons la proximité phonique entre perdre son temps/prendre son temps. Que ce soit dans le travail ou dans la vie personnelle, perdre son temps, c’est en manquer la maîtrise, et le prendre, c’est moins ralentir que s’appliquer à bien faire. Il ne convient peut-être pas d’opposer le temps du travail et celui du loisir, tant tous les temps, pour ne pas être perdus, doivent se trouver bien employés. Le seul temps perdu est celui qui n’est pas maîtrisé, ajusté, quand la conscience se laisse déborder par trop nostalgie et par trop d’impatience. Et ce que nous pourrions appeler le temps bien pris, qui est source de joie, c’est celui qui, dans le travail comme dans la vie personnelle, est parvenu à conjuguer les contraintes du temps imposé et les aspirations de notre être intime.

En somme, la réflexion suggère que vivre le temps d’une manière positive exige effort permanent et discipline. Sachant que nous sommes habités par une longue mémoire, individuelle et collective, heureuse sans doute, mais souvent douloureuse, et par des rêves qui débordent de loin ce que le vie nous donne  l’occasion de réaliser, nous ne serons jamais tout à fait « à notre affaire » : mais chaque fois que nous le serons, nous connaîtrons une plénitude d’existence.

Charles-Edouard Leroux, philosophe et consultant formatys

3 Réponses to “La gestion du temps, source de bien-être au travail”

  1. Rémy 24 juillet 2012 at 14:55 #

    Bonjour,

    Pour résoudre le problème de la gestion du temps au travail il existe de nombreuses solutions.
    Les entreprise ont la possibilité d’opter pour un logiciel web de gestion du temps.
    No Parking, SSIII, développe et commercialise son propre logiciel web de gestion du temps et de suivi d’activités Opentime.

    Plus d’information sur http://opentime.fr/tour

    Cordialement,

    Rémy Bacué.

Trackbacks/Pingbacks

  1. La gestion du temps, source de bien-être au travail « jczaugg - 9 août 2012

    [...] on travailetequilibre.com Share this:TwitterFacebookJ'aime ceci:J'aimeBe the first to like this. de → [...]

  2. La gestion du temps, source de bien-être au travail « - 22 août 2012

    [...] on travailetequilibre.com Share this:TwitterFacebookJ'aime ceci:J'aimeSoyez le premier à aimer [...]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 1 604 autres abonnés