Concilier performance et bien-être, incompatibles ?

17 Fév

Jeudi 16 février 2012 s’est tenue à Paris à l’Assemblée Nationale, la 10ème rencontre Actineo consacrée à la « Performance au travail, et si ça commençait par les bureaux ». Le mieux-vivre en entreprise est une question qui doit être partagée par tous, et quel meilleur endroit que l’assemblée nationale pour symboliser cet enjeu ?

Le Député Yves Censi et Alain d'Iribarne chercheur au CNRS à l'occasion de la conférence Actinéo

Le Député Yves Censi et Alain d'Iribarne chercheur au CNRS à l'occasion de la conférence Actinéo

Mettre en lien les espaces de travail, la performance de l’entreprise, la motivation des salariés, le stress, les risques psychosociaux et le bien-être au travail, tel était l’objet de cette conférence.

Lancé en 2005, Actinéo, Observatoire de la qualité de vie au bureau, a pour objectif d’inciter les dirigeants à se servir de l’espace de travail comme levier de performance mais aussi comme source de mieux-vivre dans l’entreprise. 

Concilier performance et bien-être ? A priori incompatible ?

Le Député Yves Censi de l’Aveyron a ouvert la conférence en dénonçant le déséquilibre entre « la course au progrès et la capacité des individus à suivre le changement ». Une course génératrice de stress et contreproductive pour l’entreprise à moyen terme. Pour être performantes les entreprises doivent aller au delà d’une réponse au mal être, et prévenir les besoins des salariés.

Si les entreprises doivent et désirent prendre en compte cette réalité, elles n’ont pas toujours la bonne démarche. Pourtant ces deux notions sont conciliables, les entreprises les mieux positionnées en terme de qualité de vie sont aussi les plus performantes. Le député a également rappelé que selon les projections de l’OMS la dépression sera bientôt l’une des principales causes d’absentéisme dans les entreprises.

 L’entreprise est une des sphères de la vie où l’on passe le plus de temps.

La 1ère table ronde était consacrée aux moyens pour maintenir ou retrouver le plaisir de travailler ensemble.

Alain d’Iribarne directeur de recherche au CNRS, ancien administrateur de la fondation maison des Sciences de l’Homme et président du Conseil scientifique d’actineo, grand témoin de cet évènement a ouvert les débats. Le public a semblé largement conquis par ses arguments notamment le besoin des salariés qui réclament plus d’humain dans l’entreprise. La performance est pour lui : la capacité des hommes à faire fonctionner l’ensemble des investissements, qui sont fait pour eux.

La nécessité de construire une philosophie politique de management à la Française.

Pour Alain d’Iribarne, « il faut aller chercher en France les racines de la performance économique et sociale ». La France est un pays avec des ressources, beaucoup d’intelligence, la difficulté est de les mettre en adéquation. Le professeur a également souligné, que nous sommes un peuple complexe, très affectif. Il faut prendre en compte cette dimension irrationnelle de l’humain pour mettre en place un management à la française. La France est tellement affective qu’elle fonctionne dans une logique de paix et de guerre. ar ailleurs, alors que la nouvelle génération (dite Y) est encore plus affective, les DRH sont  eux de plus en plus souvent des techniciens. Aujourd’hui, il faut s’interroger la règle établie dans l’entreprise et sur ses pratiques réelles. Selon lui, il y a un vrai problème de cohérence dans les entreprises entre les recettes et les pratiques. Le modèle français n’est pas le modèle américain, le copier-coller des pratiques managériales anglo-saxonnes ne prend pas. Une phrase à retenir : « Le devoir de faire ne permet plus de manager, il faut insister sur le plaisir de faire ». Un message porteur de sens, dans des entreprises en quête d’efficacité.

Donner sens au travail : force d’engagement des salariés.

Marc Grosser, directeur des affaires sociales et de la responsabilité sociétale de Danone, a présenté un certain nombre de constats, faits à partir de son expérience dans le groupe de produits laitiers. Pour lui dans l’entreprise, on est en permanence entre le plaisir de travailler et la souffrance. La frontière entre les deux notions est très ténue, il suffit de peu de chose pour passer de l’une à l’autre. C’est la raison pour laquelle les dimensions de solidarité et de sens du travail, sont fondamentales pour travailler ensemble. Pourtant, on constate qu’elles n’ont pas été assez anticipées dans les entreprises.

Associer les salariés à la réflexion sur le bien-être est porteur d’efficacité, à la fois pour l’entreprise en terme d’engagement des salariés, de performance et pour les salariés puisque l’entreprise ciblera mieux leurs besoins. Danone l’a expérimenté dans ses usines en Amérique latine avec succès, où le lien avec le manager est très important. Marc Grosser a rappelé que le centre de décision doit être incarné par une personne qui a une marge de manœuvre localement. S’il n’a pas de pouvoir, l’interlocuteur incarnera un management désincarné, ce qui n’a pas de sens pour les salariés.

La force des symboles dans l’entreprise

Même et surtout, en période de difficultés économiques, les symboles portent du sens pour les salariés. Ces symboles dans l’entreprise, s’expriment à travers le financement d’évènements qui créent du lien social. Or, on a trop souvent tendance à supprimer ces postes de dépenses (qui sont aussi des investissements), car on oublie leur finalité et leurs bénéfices à moyen et long terme. Pour Marc Grosser, « il faut continuer à dire et à montrer que l’humain est important, en particulier quand les choses vont mal ». Pour autant, les choses chères ne sont pas toujours celles qui font le plus plaisir. Il ne faut pas négliger par exemple, le plaisir de la machine à café, l’un des premiers espaces où l’on se croise et crée du lien avec ses collègues.

Une société française extrêmement symbolique

Dans une société hyper médiatisée, où l’on montre plus facilement ce qui ne marche pas « les trains qui n’arrivent pas à l’heure », la notion d’exemplarité de la direction est aussi fondamentale. Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC insiste sur le signal fort donné par un patron qui se met à la porté de ses salariés, qui roule en classe A, plutôt qu’en classe S.

La recherche de performance et les changements de stratégie à répétition dans une économie mouvante, augmentent le besoin de sens pour les salariés. Bernard Van Craeynest rappelle que « l’homme n’est pas une ressource que l’on peut placer sur le même pied d’égalité avec les matière première », pour lui on devrait « parler de directeur des relations humaines », plutôt que de ressources. Il n’y a pas de réussite de l’entreprise dans la durée sans prise en compte du collectif.

Le changement, créateur de souffrance ?

Nous sommes passés d’une organisation pyramidale à une organisation en râteau, avec un management par projet. Le problème c’est qu’aujourd’hui, on ne sait plus à qui s’adresser pour avoir une information dans l’entreprise. Bernard Van Craeynest, s’interroge sur l’entretien individuel. Dans une entreprise aux relations hiérarchiques plus complexes, le supérieur est-il toujours le bon interlocuteur ?

A l’heure des mails et des texto…

Le nomadisme est croissant dans l’entreprise, un phénomène qui ne concerne plus uniquement les commerciaux. Techniciens, scientifiques… de plus en plus de salariés sont amenés à devenir nomades. Les nouvelles technologies doivent être encadrées par des bonnes pratiques, notamment pour que les collaborateurs ne se sentent pas « fliqués ». Surtout il ne faut pas oublier le contact humain, la manière dont on se dit les choses en direct est un facteur clé pour bien se comprendre dans l’entreprise et lever les mésententes.

Une économie en renouvellement
La dernière intervenante, Myriam Maestroni, présidente Economie d’Energie, ex PDG de PrimaGaz, a insisté sur le notion de travailler ensemble.
Travailler ensemble est paradoxale dans un monde qui change. Un monde qui croit à grande vitesse notamment en Asie et qui reste assez stable d’un point de vue économique en Europe. Nous sommes à l’ère d’une économie en renouvellement, nous vivons le passage d’une économie industrielle, vers des sociétés tertiaires.
Pourquoi les salariés sont malheureux ? Le modèle de l’entreprise est construit sur des process en dehors des réalités matérielles. Les sociétés nordiques se basent sur la notion de respect, de valeur alors que les latins s’interrogent : « qu’est ce que j’apporte à l’entreprise ? ». Pour Myriam Maestroni, on vit en France, dans une période de synchronisation entre ces deux formes d’intelligence. « La France est un des pays où la réflexion émotionnelle n’est pas suffisamment évoluée ». On a tord de croire que le salaire est essentiel au bien-être du salarié, sa vocation est bien évidemment alimentaire, mais lorsqu’on interroge les salariés, il n’arrive qu’en 3eme position dans les facteurs du bien-être au travail. Le salaire émotionnel, voilà une variable clé, sur laquelle il n’y a pas de négociation…
Trouvons notre modèle sans copier
La France est-elle en retard ? Oui et non, les intervenants ont tous souligné la propension « masochiste » des français à regarder ce qui ne va pas chez nous, au lieu de partir de ce qui marche. Certes, la France doit apprendre de l’étranger, il y a des bonnes pratiques ailleurs. L’exemple allemand est incontournable. Chez notre voisin  la notion de patriotisme économique permet d’identifier des solutions construites avec toute la société, dans un climat de confiance. Par ailleurs, dans les pays nordiques, on pose tous les termes du débat dans la transparence avec des moyens. Nous vivons dans un monde global, mais on doit aussi voir ce qui se passe bien chez nous, c’est le paradoxe des français, qui sont positifs pour eux mêmes, mais regardent en négatif leur société.
Pour aller plus loin :

Yann-Maël Larher

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