Des espaces conviviaux pour travailler autrement

20 Fév

La suite de notre compte rendu de la 10ème rencontre Actinéo “Performance au travail, et si ça commençait par les bureaux” qui se tenait le 16 février. La deuxième table ronde avait pour objet d’illustrer plus concrètement des chantiers mis en places dans des grandes entreprises. 

Deuxième table ronde Actinéo : A quelles conditions l’aménagement de l’espace de bureau peut-il être un facteur-clé de bien-être au travail ?

 Des espaces conviviaux pour aboutir à quelque chose qui fonctionne autrement…

L’être humain fait la richesse de l’entreprise.

« Le campus d’entreprise c’est la revanche des cherches sur les financiers » pour Alain Ribarde, directeur de recherche au CNRS et président du Conseil scientifique d’Actineo. Dépenser de l’argent supplémentaire pour des mètres carrés ou pour un mobilier adapté, c’est un bon calcul si on considère que l’humain rapporte à l’entreprise. Le campus de Quicksilver à Saint Jean de Lus est l’un des meilleurs exemples : « On peut travailler de manière intelligente dans des espaces qui ne sont pas des espaces de pénitence« .

Conciergerie, crèches, sport… des services attractifs

Un facteur d’attractivité dans l’entreprise. L’environnement de travail, fait de plus en plus l’objet des questions abordées lors du recrutement. La rémunération est un critère mais il n’est pas le seul. Les relations de travail, le bien-être dans l’entreprise, le quotidien du salarié est essentiel notamment lorsque le salarié envisage de changer d’entreprise. La conciergerie, les crèches… permettent aux salariés de gagner du temps libre, et libérer leur énergie. Des services qui se démocratisent en particulier dans les grandes entreprises, mais aussi dans certaines PME qui mutualisent leurs moyens notamment lorsqu’elles se situent dans des immeubles importants.

Autre tendance que l’on observe de plus en plus, c’est le nomadisme dans l’entreprise. Aujourd’hui de plus en plus de salariés sont équipés d’un ordinateur portable, la mobilité dans l’entreprise n’est plus un obstacle. Par exemple, le restaurant d’entreprise peut devenir un espace d’échange, l’entreprise peut offrir aux salariés d’y prendre leur petit déjeuner, … Un espace où l’on peut échanger autour d’un café tout en travaillant. Travailler sur une pelouse n’est pas interdit non plus, toutes les générations n’y sont pas habituées, mais la génération Y particulièrement nomade, n’a pas la même culture de l’espace de travail.

Les salariés français ont une culture des cloisons

Paradoxe français, le bureau est un espace statutaire et doit indiquer dans l’imaginaire collectif le niveau hiérarchique, la situation de pouvoir, dans le même temps certains collaborateurs ne comprennent pas ces codes et réclament plus d’équité. Mettre en place une charte d’affectation des espaces, permet de résoudre des conflits qui peuvent être latents. Si un projet n’est pas expliqué en amont, il va susciter le rejet dans l’entreprise. Il s’agira par exemple de préciser que les financiers ont plus de rangements car leur poste les incite à classer de nombreux papiers qui ne peuvent être dématérialisés.

Les salariés nomades ont également besoin d’un endroit pour retrouver leurs affaires, mais également pour se retrouver avec eux même. L’instant et l’espace individuel sont importants, car ils permettent de donner un sentiment d’appartenance à l’entreprise. Sentiment d’être comme les autres, notamment pour les collaborateurs de terrain. Le siège doit penser aménager un espace dédié pour ses commerciaux, c’est aussi une manière de la fidéliser et de les attacher à l’entreprise et à ses valeurs.

L’open space, un espace de bien être ?

Pour l’ensemble des intervenants, on fait un mauvais procès à l’open space. Contrairement aux idées reçues, il n’a pas été créé pour réduire l’espace, mais pour augmenter les échanges et stimuler la collaboration. Mal employé, l’open space est désastre notamment en terme de nuisances sonores. En réalité, il nécessite beaucoup d’espace, car il faut créer des tiers lieux pour permettre aux salariés de se réunir ou à contrario pour se concentrer seul. Dans tous les cas, s’il existe des espaces réussis, l’open space ne s’adapte pas à toutes les cultures d’entreprises, ni à tous les métiers.

Attention, le déménagement est anxiogène !

Penser qu’un projet de déménagement, ou de travaux ne va pas impacter les relations de travail est faux ! Certaines personnes vont par exemple devoir déménager deux fois et occuper des espaces tampons pendant la durée des travaux… La localisation de l’entreprise est également centrale, alors que les entreprises déménagent souvent pour diminuer le prix de leur m2, les salariés priorisent la localisation de leur entreprise. Le déménagement n’est jamais agréable pour un collaborateur. Ces changements génèrent en effet des contraintes en terme de transports, de vie de famille, d’habitudes de travail… Si le nouveau site est éloigné, il faudra penser à mettre en place des navettes, ou des aides pour le déménagement. Ces inconvénients parfois temporaires doivent être envisagés dès la conception du projet, parce qu’il est essentiel d’accompagner le changement pour en limiter les effets négatifs.

4 exemples concrets d’aménagement de l’espace de travail

Le campus Crédit Agricole et son parc vitrine de la banque verte.

1. Le campus du Crédit Agricole à Montrouge, présenté par Jean-Philippe Adam,  directeur général adjoint, Crédit Agricole immobilier.

Cette opération visait pour le groupe bancaire à regrouper ses unités à Montrouge, sur un site de 8 hectares avec à terme 10.000 salariés. La création de ce site a permis de repenser les espaces de travail, en créant notamment des espaces de convivialité. Pour chaque poste de travail individuel, une place dans un espace collaboratif a été créée au sein du campus. 

Des résultats concluants malgré un déménagement contraignant sur un nouveau site en petite couronne, puisque selon une enquête interne, 53% des personnes ont déclaré que leurs relations avec leurs collègues s’étaient améliorées, grâce aux nouveaux espaces de travail. Un effet campus à suivre sur le long terme, puisque le déménagement entamé en 2010 doit se poursuivre jusqu’en 2013.

2. L’emménagement dans la tour First, Pierre Hurstel, directeur associé, directeur de la communication chez Erst & Young

Des questions de coûts mais aussi d’harmonie ont guidé ce projet. L’objectif de départ était de rapprocher deux sites pour permettre l’échange entre les équipes.

Ce déménagement dans un lieu unique a été l’occasion de repenser les espaces de travail avec l’idée de recréer une « place de village », avec des espaces de rencontres, des Sky Lobby, des cafétéria etc… Les bureaux ont été pensé pour renforcer le sentiment d’appartenance à la même entreprise avec des espaces identiques pour tous, y compris pour les associés. Afin de permettre à tous de travailler dans la quiétude, des espaces de proximité pour téléphoner sans déranger ont été mis en place tout en restant connecté sur son PC portable grâce au Wifi.

3. La « non-tour » de bureaux « Horizon » de Jean Nouvel à Boulogne Billancourt, Olivier Haye, Concepteur Genica

Au cœur de ce projet pensé comme « une fusée à trois étages » Jean Nouvel a souhaité concilier travail, écologie et plaisir pour mieux se démarquer des gratte-ciel. Le concepteur de la tour Jean Nouvel pointe un défaut des entreprises qui ont tendance à cacher les espaces de bien-être dans l’entreprise comme s’il s’agissait d’une erreur. Les salles de Fitness, les cantines sont par exemples trop souvent placées au sous sol des bâtiments. Dans les entreprises publiques ce constat est encore plus vrai. Les salariés sont demandeurs d’espaces lumineux, où ils peuvent se détendre avant de reprendre le travail, c’est pourquoi la « non-tour » intègre les espaces de bien-être dans ses derniers étages.

Par ailleurs, la performance énergétique ne doit pas faire oublier le bien-être des employés avec des locaux ouverts,  la contrainte environnementale doit être pensé aussi sous le prisme du bien-vivre au travail.

4. Projet d’amélioration de l’existant à Issy-les-Moulineaux, Nathalie  Menez, architecte d’intérieur, directrice des services généraux, Groupe Johnson & Johnson.

Dans ce projet, l’idée n’était de déménager ou d’optimiser l’espace pour mettre plus de personnes dans un même lieux mais d’améliorer les conditions de travail des collaborateurs. Le groupe a constaté que les grands plateaux  de bureaux n’étaient par exemple plus adaptées avec la miniaturisation des outils informatiques. Il souhaitait également casser les codes de la salle de réunion, en créant plus d’espaces informels de rencontre, avec des niveaux de confidentialité différents. Les salariés du groupe peuvent désormais trouver en libre de service des espaces pour discuter en dehors de de la « sacro sainte » salle de réunion.

Pour aller plus loin :

Yann-Maël Larher

4 Réponses to “Des espaces conviviaux pour travailler autrement”

  1. Virginie 21 février 2012 à 13:49 #

    Un bel article qui cassent les idées reçues sur les espaces de travail institutionnels et fait un tour complet des propositions alernatives!
    vdc

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