Comprendre la nature de l’entrepreneuriat social autour de 4 questions

7 Mar

Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix 2006 : "Le bonheur des autres personnes est une grande motivation pour moi, j'ai donc créé des entreprises pour régler les problèmes sociaux"

L’entrepreneuriat social a aujourd’hui le vent en poupe. A la croisée des politiques publiques et du marché, les entreprises sociales cherchent à conjuguer efficacité économique et finalité sociale dans le sillon de l’économie sociale et solidaire. Pour répondre à ces enjeux le Centre d’analyse stratégique (CAS) et le programme LEED de l’OCDE (Développement économique et création d’emplois locaux) ont organisé le 6 mars un colloque sur la place de l’entrepreneuriat social en France.

L’entrepeneuriat social, c’est quoi au juste ?

L’entrepreneuriat social désigne, selon l’OCDE, “toute activité privée d’intérêt général, organisée à partir d’une démarche entrepreneuriale et n’ayant pas comme raison principale la maximisation des profits mais la satisfaction de certains objectifs économiques et sociaux ainsi que la capacité de mettre en place, dans la production de biens et de services, des solutions innovantes aux problèmes de l’exclusion et du chômage”. Le terme est apparu dans les pays anglo-saxons au début des années 1980 dans un contexte de transformation de l’État-providence, marqué notamment par l’introduction de méthodes de gestion privée fondées sur la performance. En France, l’entrepreneuriat social est ancré dans la tradition de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Un simple effet de mode ?

En France, l’ESS regroupe les coopératives, les mutuelles, les associations et les fondations. Elle emploie aujourd’hui 2,3 millions de salariés au sein de 215 000 structures et gère notamment 90 % des établissements pour personnes handicapées, 45 % des maisons de retraite et plus de 60 % des services à la personne.

Quelles différences avec l’entreprise « conventionnelle » ?

La distinction faite entre entreprises à but lucratif et organisations à but non lucratif n’est pas en mesure de rendre pleinement compte de la réalité du secteur, qui n’exclut pas le profit mais le considère comme un instrument pour réaliser des objectifs humains et sociaux. Il n’existe ainsi pas encore de terminologie unique permettant de désigner l’ensemble de ce secteur dont le périmètre est toujours en cours de délimitation. On peut néanmoins retenir la finalité sociale, la lucrativité limitée, la gouvernance démocratique favorisant la participation des parties prenantes et l’ancrage territorial de la démarche.

Quel est son intérêt ?

Si l’entrepreneuriat social présente un intérêt, c’est parce qu’il apporte des réponses à des situations dans lesquelles l’action du marché et celle de l’État ne sont pas efficaces. En plus de combler certaines carences du marché et de la puissance publique, en inventant de nouveaux modes de fonctionnement et de gouvernance, le secteur de l’entrepreneuriat social est pourvoyeur d’emplois de proximité. Il contribue, plus que le secteur privé traditionnel, à la croissance de l’emploi, selon bservatoire national de l’ESS-CNCRES en 2010 on relevait ainsi + 2,4 % dans l’ESS contre + 1,8 % dans le reste du privé.

L’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE) un modèle du genre :

Inspiré par le prix Nobel de la Paix en 2006, Muhammad Yunus, ADIE finance les micro-entrepreneurs exclus du système bancaire grâce au microcrédit. Depuis sa création en 1989, 93 000 microcrédits ont été octroyés pour un montant total de 255 millions d’euros, soit au total 71 910 entreprises et 92 694 emplois créés jusqu’en 2010.

A l’issue de ce colloque, une note a été remise au Premier ministre, François Fillon, avec cinq recommandations concrètes pour améliorer le dispositif.

Les propositions du Centre d'analyse stratégique pour encourager et développer l'entrepreneuriat social

Yann-Maël Larher, responsable de la veille chez Formatys

Pour aller plus loin 

Note du Centre d’analyse stratégique

Quelle place pour l’entrepreneuriat social en France ?