Emploi des femmes et des hommes dans la crise.

21 Déc
Tous les métiers du bâtiment et des travaux publics sont ouverts aux femmes, bien que souvent elles l’ignorent.

Nombre de chefs d’entreprise se félicitent d’avoir recruté des femmes.

Malgré des progrès considérables en termes d’accès à l’éducation et à l’emploi au cours des dernières décennies, les inégalités restent fortes, et particulièrement visibles dans la répartition différenciée par secteurs et métiers.

La crise de 2008 a révélé dans l’Union européenne le haut niveau de segmentation selon le sexe des marchés du travail qui, paradoxalement et à court terme, a eu un effet protecteur sur l’emploi féminin. Quels en sont les mécanismes ? Peut-on anticiper ces évolutions ? Alors que l’Union européenne s’est fixé l’objectif d’un taux d’emploi féminin de 75% à l’horizon 2020, le Centre d’analyse stratégique s’intéresse aux questions d’accès à l’emploi et d’équilibre entre emploi masculin et féminin, dans un contexte d’adaptations sectorielles : deux exigences pour améliorer la condition du travail féminin et réduire les inégalités.

Les destructions d’emploi ont principalement concerné les hommes…

L’emploi des femmes, plus concentré dans les services, est resté relativement protégé, notamment en comparaison avec l’emploi des hommes, surreprésentés dans les secteurs les plus touchés par la crise. A partir de 2011 toutefois, ces disparités semblent s’estomper, fragilisant également l’emploi des premières.

Bien que la participation des femmes au marché du travail augmente, les métiers et secteurs auxquels elles accèdent évoluent peu. Si paradoxalement, cette polarisation a pu jouer un rôle « protecteur » pour l’emploi des femmes au moment de la crise, la réduction de cette segmentation reste un objectif majeur tant pour assurer une plus grande égalité professionnelle que pour garantir le bon fonctionnement du marché du travail.

Écarts selon le sexe, des salaires, des taux d’emploi et des niveaux d’éducation

Écarts selon le sexe, des salaires, des taux d’emploi et des niveaux d’éducation

Comment expliquer les inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail ?

À l’origine des inégalités salariales, la segmentation professionnelle s’explique par la discrimination plus ou moins prononcée selon les métiers et par les inégalités en éducation incluant celles liées aux “choix éducatifs et à l’expérience professionnelle”. Mais ces théories se sont avérées globalement insuffisantes pour justifier à long terme l’inertie des inégalités de salaires entre hommes et femmes. Certains auteurs soulignent l’influence de la psychologie, des études expérimentales et enfin des “normes sociales” dans les travaux de recherche récents en économie du travail. L’existence de caractéristiques psychologiques distinctes entre les hommes et les femmes est discutée (attitudes face au risque, à la compétition, comportements en matière de négociation) sur la base de travaux en plein développement depuis dix ans.

Les travaux de G. Akerlof et R. Kranton montrent que l’individu présente une “désutilité”, ou un “coût”, à agir différemment des normes sociales qui sont celles de son groupe d’appartenance (origine ethnique, sexe, religion). Ces résultats encore provisoires modifient la manière dont les pouvoirs publics doivent intervenir pour lutter contre les inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail : en mettant en évidence le rôle des facteurs environnementaux et des normes sociales, ces travaux suggèrent notamment une action publique correctrice qui se situerait très en amont de la vie professionnelle.

Priorité à l’accès à l’emploi

Le Centre d’analyse stratégique retient que lutter contre la segmentation des marchés du travail est un objectif d’égalité professionnelle entre hommes et femmes, toutefois il tempère sa réalisation qui est difficile à court et moyen  terme. L’accès à l’emploi des femmes demeure encore prioritaire par rapport à la lutte contre la segmentation.

YannMael LARHER

Aller plus loin : 

[PDF] Note d’analyse : L’emploi des femmes et des hommes dans la crise