Quelques mots dans un monde de maths !

11 Juin

Dans les années 60, la démocratisation de la télévision et du téléphone laissait présager  le déclin de l’écrit. C’était la promesse d’un monde d’images et de sons, dans lequel il ne serait pas nécessaire de connaître les règles d’accord du participe passé. Peut-être est-ce pour cela d’ailleurs que les mathématiques sont devenues la matière reine, reléguant les littéraires au rang de doux rêveurs fantaisistes.

Mais voilà : nous sommes en 2013 et nous écrivons beaucoup. Du PC à l’i-phone, des mails aux sms,  en passant par les comptes rendus de réunions et leurs diaporamas.  Savoir écrire devient donc une compétence à part entière, que ne pallient pas les meilleures connaissances techniques de son métier. L’heure de la revanche aurait-elle sonné pour les littéraires ?

L’opération Phénix créée par le cabinet PriceWaterhouse Coopers en 2007 repose justement sur ce pari fou : recruter des littéraires pour des postes réservés habituellement aux étudiants de grandes écoles.  Des entreprises du CAC 40 (Axa, Coca-Cola Entreprise, HSBC …) s’engagent à offrir des postes de niveau cadre en CDI aux étudiants de Master 2 en Lettres et Sciences Humaines. Ainsi, depuis son lancement, l’Opération Phénix a permis à 160 jeunes diplômés de lettres et sciences humaines de trouver un emploi (source : http://www.operationphenix.fr/). Preuve que les doux rêveurs sont aussi  des consultants efficaces, des conseillers bancaires pointus ou des commerciaux convaincants.

Gare à l’infobésite, résultat d’une consommation massive de textes longs et indigestes !

Devant la profusion d’écrits, certains parlent d’infobésité, gavés que nous sommes de lectures plus ou moins pertinentes et structurées. Il est vrai qu’en matière de communication – et l’écrit n’échappe pas à la règle – l’entreprise privilégie souvent le quantitatif au qualitatif. Les mails inondent les messageries (40 en moyenne par jour*),  hachant ainsi notre travail par tranche de 10 minutes. Et les diaporamas de 100 pages assomment encore trop souvent les collaborateurs en entreprise.

Et tout cela pour dire quoi ? La pauvreté des mails se décèle dès la lecture de l’objet, avec des « A lire » ou « Pour information » très pléonastiques. Pourquoi ne pas écrire « à manger » ou « pour dégustation » sur chaque aliment tant qu’on y est !!!

Les conclusions des mails sont du même acabit. Que penser du fameux « asap** » qui provoque une poussée de stress chez le lecteur, sans que le commanditaire n’ait pris la peine de donner un vrai délai (date et heure) ?

Ecrire équilibré : 5 adjectifs et synonymes par jour !

Pour poursuivre la métaphore de l’infobésité, je serais tentée de vous mettre en garde contre les dangers de la fast writing, qui comme la fast food donne l’impression d’être nourris, mais nous laisse finalement sur notre faim. Recommandons donc  5 adjectifs et synonymes par jour, pour une écriture équilibrée et surtout très agréable à lire.

Le maître mot de l’écriture, comme de la gastronomie, doit rester le plaisir partagé. Plaisir du rédacteur comme du cuisinier à écrire et plaisir des lecteurs, comme des invités, à savourer le contenu préparé !

Elodie Le Guen, Formatrice en communication et management.

Son blog : http://lesacteursdelaformation.typepad.fr

*Sondage réalisé par Sciforma en juin 2010 auprès de 4150 salariés en France.

**as soon as possible : aussi vite que possible

3 Réponses to “Quelques mots dans un monde de maths !”

  1. Céline Bou Sejean 11 juin 2013 à 10:56 #

    Merci Elodie de cette vision positive de la métaphore alimentaire, passer de l’infobésité au plaisir gourmet est une riche idée !

    Je suis particulièrement sensible également à l’ouverture des différents métiers à la diversité des profils pour une plus grande richesse collective. On a TOUS des points forts (à transmettre) et des points faibles à améliorer (grâce aux autres).

    J’avais écrit un article sur l’exclusion que l’intrusion de l’écrit « à tous les étages » pouvait induire sur le site de la qualité de vie au travail : http://laqvt.fr/lecrit-et-le-travail. C’est un sujet très important et omniprésent… partageons nos réflexions.

    Bien à vous

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    • Elodie Le Guen 12 juin 2013 à 20:01 #

      Bonsoir Céline,
      Je viens de lire votre article, qui est très intéressant. En effet, l’écrit peut être source d’exclusion, notamment d’une nouvelle vie sociale via le net. Et cette exclusion est souvent discrète, car cette « lacune » est cachée. J’anime des formations sur l’orthographe et la grammaire en entreprise et il arrive que se cache derrière ses problématiques un illettrisme masqué par diverses stratégies d’évitement.
      Dans des secteurs comme le BTP ou l’hôtellerie, les collaborateurs peuvent évoluer grâce à leurs compétences techniques et relationnelles. Or, elles ne s’accompagnent pas toujours d’une aisance à l’écrit. On trouve ainsi dans ces secteurs des managers (chef de chantier, adjoint au directeur d’hôtel) en vraies difficultés rédactionnelles. Les services RH des entreprises ont à mener une vraie politique de détection de ces difficultés afin de proposer une montée en compétence sur ce point.
      Constatez-vous la même chose de votre côté ?
      Au plaisir de vous lire …
      Elodie

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  2. Sébastien Bareau 13 juin 2013 à 20:41 #

    Merci pour cette vision.
    Bon nombres d’emails reçus qui ne servent à rien ou tout simplement il est devient plus simple de demander à son interlocuteur que de chercher par soi même. Ce qui se traduit par la désagréable impression d’être « utilisé »
    N oublions pas non plus les langages « SMS » qui demandent un effort énorme d’attention afin de les traduire. Encore une perte de temps, puisque le lecteur doit lire à haute voix pour comprendre… (Un retour à l école maternelle quasi systématique).

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